Le sort de Deby n’est plus entièrement entre ses mains. Avec les Français, il est bien sûr leur gars, mais il n’est plus irremplaçable. Les Français le protégeront encore puisque ce sont les affaires et les intérêts qui déterminent les relations, mais si Deby se met dans des pétrins, ils ne montreront plus les mêmes déterminations d’hier pour les sauver.
Nul n’est irremplaçable. Dans les petites notes à usage privé, l’éventualité de l’après Deby est bien envisagé quand même ce n’est pas pour l’immédiat. Sauf si des imprévus viennent accélérer le cours des événements. Le sort de Deby ne dépend plus de lui-même uniquement, mais il dépend aussi des actes et actions de ses ennemis qu’il ne maitrise pas.
Un autre signe de la fébrilité de Deby est son entrain à mater le MJE pour satisfaire El bêcher et calmer momentanément les Libyens. En temps normal, Deby aurait trainé les pattes pour garder le MJE comme un joker. Mais Deby ne peut prendre le risque de mécontenter El Béchir.
À ces raisons s’ajoutent d’autres menaces aujourd’hui tangibles, d’avance :
· Le front Toubou au nord est inévitable, avec une menace réelle jamais égalée au paravent.
· Le Sud est instable et se fait véritablement menaçant avec des risques réels et avancés de sécession. Des hommes sont déjà sur les terrains. Seules certaines synchronisations manquent. C’est peu de choses. Ce n’est qu’une question de réglage et d’un peu de temps. Ça va surement se régler par des hostilités armées ouvertes.
· La famille présidentielle n’est pas très unie et les membres sont devenus si riches que peu sont enthousiastes à risquer une balle dans la tête ou se faire amputer les deux membres inférieurs pour blessure grave au combat. Nombreux sont ceux qui disent qu’ils sont suffisamment riches qu’ils ne souhaitent plus se battre pour protéger leurs biens mais plutôt se contenter de ce qu’ils ont pour vivre aisément n’importe où.
· Deby n’a pas suffisamment d’hommes pour envisager sereinement des guerres sur plusieurs fronts : Nord inévitablement, au Sud certainement et à l’Est si les accords avec le Soudan ne tiennent plus. Si un autre front s’ouvrait du côté d’El Béchir pour s’ajouter aux autres fronts, Deby ne tiendrait que peu de temps.
Alors, Idriss Deby Itno est aujourd’hui fort et fragile en même temps. Si les actions des opposants sont mesurées et calculées, le pouvoir de Deby ne tiendra pas face à un autre assaut sérieux.
Mais si les opposants agissent ou se comportent comme ils l’ont toujours fait jusque-là, pour le besoin de l’affairisme à mains armées comme expliquent certains analystes des questions tchadiennes, il ne se passera rien.
Aussi, nous devons cesser de penser que seul le départ de Kadhafi ferait partir Deby. C’est une option de moins pour Deby. Pas plus. Et encore, n’imaginez pas que Deby est là assis en train de pleurer le départ de Kadhafi. Il travaille ardemment à compenser la carte perdue et se relancer dans le jeu. Si nous jouons naïvement, ce sont les opposants qui se feront surprendre. D’ailleurs, si ça ne dépend que des événements en Libye, si la seule menace se limite qu’à la seule porte du Nord, Deby pourra résister.
Les attaques doivent provenir de partout, les fronts ouverts de partout en attendant de bénéficier des nouvelles circonstances : situation libyenne et la sérieuse menace du Septentrion. Si les choses se coordonnent, Deby ne s’en sortira pas par les armes. Soit il négocie, cède une partie de son pouvoir et réconcilie les Tchadiens soit il part brutalement chasser par le vent du changement.
La seule grande question est : les opposants vont-ils s’entendre et travailler ensemble pour déchoir Idriss Deby Itno?
Le Gars de Mandoul